| Le XVIIIe et la Révolution | |||||||
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La famille Pinon de Saint-Georges C’est maintenant une famille richissime, de noblesse de robe, qui prend possession de cet hôtel qu’elle gardera jusqu’à la Révolution. La liste de ses titres est impressionnante :
La seigneurie de la Grange-Batelière, un des plus riches fiefs de France, s’étendait sur une grande partie du 9e arrondissement actuel ; l’hôtel occupait l’emplacement de l’actuelle salle des ventes Drouot [Hil63]. L’hôtel en 1750
Deux descriptions très détaillées en 1719 et en 1750 nous permettent une visite de l’hôtel. Venant de la rue Girard Beauquet, franchissons donc la porte piétonne par le vantail droit du portail pour nous trouver dans la cour pavée de granit où stationne le carrosse aux sièges recouverts de velours cramoisi ciselé. Nous sommes face au corps de logis principal avec un rez-de-chaussée, un premier étage et un second aménagé dans les combles. La toiture est recouverte de tuiles. La cour est fermée par deux bâtiments en ailes, celui de droite est percé d’un passage voûté permettant de rejoindre les écuries. Traversant le logis principal, sous l’escalier de pierre (comme dans l’hôtel de Sully), nous arrivons au seuil du jardin avec ses ceps de vignes et son massif de buis. Le jardin est bordé de deux bâtiments : à gauche une galerie qui sert de serre, et à droite l’aile qui sert d’écurie et qui est surmontée d’une terrasse ; ces deux ailes se terminent par des pavillons au toit d’ardoise en forme de dôme en bordure de la rue du Petit-Musc.
Les pièces du rez-de-chaussée, de part et d’autre de l’ « ancien escalier dont les marches sont de pierre ainsy que l’échiffre », sont les appartements du maître de maison. Sa très vaste chambre à coucher carrée d’environ 45 m2 est parquetée et a conservé les solives et les poutres apparentes. Elle se situe à la jonction du corps de lo-gis principal et des deux ailes. Les mûrs sont pourvus de lambris d’appuis et d’une cheminée de marbre. La pièce est bien éclairée par les fenêtres qui donnent sur le jardin et la cour. Attenant à cette chambre un cabinet de toilette vers le jardin. Le premier étage contient les plus belles pièces. La chambre à coucher de la maîtresse de maison est juste au-dessus de celle de son époux, elle est aussi grande ; elle communique par le premier étage de l’étroite galerie à une chapelle dans le pavillon sur la rue du Petit-Musc. Le salon de compagnie et son antichambre occupent toute la partie droite du logis au premier étage, le plancher est en parquet, les murs sont recouverts de boiseries, les poutres ne sont plus apparentes dans cette pièce d’apparat, mais la chemi-née a gardé son « ancien chambranle et attique sculpté et doré ». Les ailes de part et d’autre de la cour d’entrée contiennent plusieurs cuisines dont la principale, à droite avec « fourneau potager à huit réchauds, four à pâtisserie, plaque de fonte de plusieurs pièces au contrecœur de la cheminée avec barre de contre-garde et crémaillère à trois branches, deux pierres à laver. » La basse-cour sur laquelle débouche le passage voûté dessert l’écurie pour sept chevaux, sous le bâtiment à droite du jardin, et dont la sortie vers la rue du Petit-Musc permet l’évacuation de la paille et du crottin. Au total l’hôtel comporte 24 pièces chauffées par une cheminée, six sans chauffage, trois cuisines et quatre « cabinets d’aysances », sans compter les garde-robes, cabinets et dégagements. Une évolution pour se mettre au goût du jour se perçoit tout en conservant le plan du passé : ainsi ces terrasses horizontales bordées de balustrades et de statues sur les bâtiments en ailes sont typiques du XVIIe siècle et se retrouvent sur les gravures postérieures.
Les grands miroirs qui ornent les pièces sont à cette époque une rareté car très difficile à faire. Il s’agit en effet de réussir une coulée de verre sans défaut, au dos de laquelle on fait adhérer une feuille d’étain avec du mercure. La manufacture de Saint-Gobain, installée dès 1687 dans l’Aisne est la seule à maîtriser la technique de coulage pour de grands miroirs. Louise Legendre décède en 1749 à près de 85 ans, veuve depuis 28 ans, elle n’a qu’un fils, Louis Paul Pinon, vicomte d’Avor. Au terme d’un partage entre les deux fils de ce dernier, c’est à Anne Louis Pinon, marquis de Saint-Georges, né en 1720, que revient l’hôtel rue Gérard Beauquet. Lieutenant général des armées du Roi, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, il est un des généraux les plus distingués de son temps. Au moment de la Révolution, ses nombreux biens font l'objet d’ « un partage avec la Nation », car son fils, émigré en 1791 a combattu dans l’armée des Princes. Avec l’Empire ses biens lui sont restitués, avant qu’il ne décède en décembre 1806. Sa tombe se trouve au cimetière du Calvaire à Montmartre. L’hôtel est lourdement et plusieurs fois hypothéqué. |
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